La peur d’être rejeté ne naît jamais d’un événement isolé, mais d’une série d’expériences et de représentations intérieures qui façonnent notre manière d’être au monde. Cette peur est ce que la psychologie appelle une blessure affective : une tension durable entre ce que nous espérons affectivement et ce que nous avons vécu.
Dans la pratique du Tarot, cette dynamique apparaît souvent dans les questions émotives, dans la manière dont les cartes sont perçues ou dans les répétitions de tirages autour de thèmes relationnels. Le Tarot ne provoque pas la peur du rejet, mais il peut rendre visible une pattern émotionnelle déjà active.
Comprendre cette blessure affective avec le Tarot revient à observer non seulement ce que nous ressentons, mais aussi comment nos attentes, nos peurs et nos schémas internes interagissent dans notre expérience affective.
Ce mécanisme ne naît pas d’un simple excès d’émotivité.
Il résulte généralement d’un apprentissage émotionnel implicite : l’esprit enregistre certaines expériences comme des références, puis anticipe inconsciemment leur répétition. La peur du rejet devient alors moins une réaction à une situation précise qu’une grille de lecture du monde relationnel.
Dans ce contexte, la personne ne craint pas uniquement d’être rejetée. Elle vit souvent dans une vigilance émotionnelle permanente.
Comment cette dynamique influence nos tirages
Lorsque cette blessure est active, elle ne reste pas confinée à la sphère relationnelle directe. Elle s’invite également dans la pratique du Tarot.
Une consultation n’est jamais détachée de l’état intérieur du consultant. Chaque question, chaque attente, chaque tirage s’inscrit dans un climat émotionnel particulier. Une personne marquée par la peur du rejet peut, parfois sans s’en rendre compte, formuler ses interrogations à partir d’une tension déjà installée : besoin de confirmation, recherche de validation, attente d’une réponse rassurante.
Le Tarot ne crée pas cette tension bien entendu, mais il la rend plus visible.
Certaines lectures peuvent alors déclencher une réaction émotionnelle intense non pas en raison de la carte elle-même, mais en raison de la manière dont elle entre en résonance avec une inquiétude préexistante. Une ambiguïté peut être vécue comme une menace, une nuance comme un doute inquiétant, une absence de certitude comme une confirmation implicite de la crainte initiale.
Ce phénomène est profondément humain. Il illustre la manière dont nos dynamiques internes colorent la perception des symboles.
Quand la blessure du rejet influence la vie amoureuse
Cette blessure se manifeste souvent par :
- une peur intense de ne pas être aimée,
- un besoin excessif de validation,
- une hypersensibilité au rejet ou à l’indifférence,
- des relations marquées par la dépendance ou l’évitement,
- des ruptures répétitives sans compréhension claire.
Le Tarot permet alors de mettre du sens sur ces répétitions, sans jugement.
Le Tarot comme miroir des schémas relationnels
Le Tarot agit ici comme une surface projective particulièrement intéressante. Les cartes ne traduisent pas mécaniquement une réalité émotionnelle extérieure. Elles offrent une structure symbolique dans laquelle l’esprit vient reconnaître, organiser et parfois amplifier ses propres représentations internes.
Dans le cadre de la blessure du rejet, certaines cartes peuvent éveiller une résonance spécifique. Non parce qu’elles “annoncent” un rejet, mais parce qu’elles reflètent des dynamiques psychologiques familières : peur de la perte, sentiment d’insécurité affective, tension entre attachement et protection, difficulté à tolérer l’incertitude relationnelle. Le Tarot ne désigne pas la blessure mais il en éclaire parfois la structure.
Ce miroir symbolique permet alors de rendre visibles des schémas relationnels souvent difficiles à observer directement. Une attente excessive de validation, une crainte persistante de déplaire, une tendance à anticiper la désapprobation peuvent apparaître avec davantage de clarté lorsque ces dynamiques prennent une forme symbolique.
Ce que le Tarot révèle sur la blessure affective du rejet
Un tirage Tarot orienté sur la blessure du rejet peut mettre en lumière :
- l’origine symbolique de cette blessure,
- la manière dont elle influence les comportements relationnels,
- les mécanismes de protection mis en place,
- les situations qui réactivent cette blessure,
- les axes de compréhension et de transformation possibles.
Pourquoi cette blessure se répète souvent
La répétition constitue l’un des aspects les plus déroutants de cette blessure. Certaines situations semblent revenir sous des formes différentes, mais avec une tonalité émotionnelle étonnamment similaire. Ce phénomène ne relève pas d’un hasard mystérieux. Il s’explique en grande partie par la manière dont l’esprit humain organise ses anticipations et ses comportements.
Une peur non reconnue influence silencieusement la perception. Une perception modifiée influence les réactions.
Les réactions façonnent les expériences.
Ainsi se construit un cycle dans lequel la blessure tend à se confirmer elle-même. Une hésitation relationnelle peut être interprétée comme un rejet potentiel, ce qui génère une tension interne. Cette tension peut altérer la posture relationnelle, renforcer la vigilance émotionnelle ou provoquer des comportements d’évitement ou de sur-adaptation.
La dynamique ne réside pas uniquement dans l’événement extérieur. Elle se nourrit d’un dialogue constant entre perception et émotion.
Dans ce cadre, le Tarot peut jouer un rôle précieux en rendant perceptible la structure de cette répétition. Les mêmes tensions, les mêmes inquiétudes, les mêmes attentes peuvent apparaître dans les tirages non pas comme des prédictions, mais comme des reflets d’une dynamique psychologique persistante.
Utiliser le Tarot comme point de réflexion
Le Tarot devient réellement utile lorsqu’il cesse d’être perçu comme une source de verdict. Il ne fournit pas une vérité émotionnelle définitive. Il offre un espace de réflexion.
Dans le contexte de la blessure du rejet, cette posture est essentielle. Chercher dans les cartes une confirmation rassurante ou une certitude absolue renforce souvent la tension initiale. Observer la lecture comme un miroir permet au contraire de prendre une distance psychologique salutaire. Une réaction émotionnelle devient une information. Une inquiétude devient un objet d’observation. Une tension devient analysable.
Le Tarot ne supprime pas la peur du rejet. Il peut cependant contribuer à un processus fondamental : rendre visible une dynamique intérieure, clarifier une posture émotionnelle et faciliter une compréhension plus fine des mécanismes en jeu. C’est précisément dans cette fonction de miroir que réside sa valeur la plus stable.
Comment pister la blessure affective du rejet
Nous naissons tous avec des blessures. Lise Bourbeau en parle très bien. Pour elle, il existe 5 blessures. Nous les portons toutes, mais en général, une est plus forte que les autres. Parmi les plus courantes, la blessure du rejet est très fréquente dans les rapports affectifs. Je vous propose ici un exemple de la blessure du rejet et comment elle peut être perçue grace au Tarot.
Voici l’histoire
Amélie est célibataire depuis de nombreuses années. Elle a eu une vie bien remplie, mais c’est, il y a plus de 20 ans. Aujourd’hui, elle vit seule avec son chat et son travail.
Un jour au cours de ses activité, elle fait la connaissance de Anatole. Il est sympathique, intelligent… Ils échangent et tout est formidable. Ils se plaisent. Il la trouve charmante aussi. Enfin, du moins, c’est ce que croit Anatole.
Mais Anatole ne se doute pas qu’il va se trouver confronté à une personne souffrant de la blessure affective du rejet.
Les premiers symptôme de la blessure affective du rejet
Au fil de leurs conversations, d’ailleurs assez rapidement, elle met des freins. On peut dire que les 2 premiers contacts entre eux sont vraiment très agréable. Et puis, la situation allant sans doute trop loin pour elle, elle passe assez brutalement de très ouverte et chaleureuse à presque désagréable. Peut être vous est-il arrivé de faire une rencontre de ce type. C’est comme si tout d’un coup, en pleine vitesse de croisière, la personne appuyait avec les deux pieds sur le frein sans crier gare.
Le tirage d’Anatole
Compte tenu du manque de logique de la situation. Rien ne laisse supposer qu’il ait une action dans sa décision. Aussi, Anatole s’interroge sur Amélie et sa logique de relation.
Pour mieux comprendre les stratégies de comportement d’Amélie et surtout, sa logique de vie, il fait un tirage du tarot.
Ce tirage psychologique permet de comprendre les différentes options que s’autorise une personne face à des situations qui lui conviennent ou pas. Voici les positions :
Carte 1 Qu’est-ce que je m’autorise à être quand tout va bien : La Mort
Qu’est-ce que je refuse d’être quant j’ai un problème : le 10 d’épées
Quelle est ma stratégie de protection face aux situations : la Tour
Que se passe-t-il si je ne m’autorise pas à être la Mort : Le roi de deniers
Que ce passe-t-il si je m’autorise à être le 10 d’épées : la reine de deniers
Voici les déductions de Anatole
Anatole est assez étonné des résultats du tirage. Tout d’abord parce que quelle que soit la stratégie, les cartes de deniers montre que cela ne change pas grand chose pour elle. Donc, elle se donne toujours l’aval. Ensuite parce que les cartes de deniers, sont très en décalage avec les autres cartes. C’est comme si une situation de crise était traitée de la manière la plus naturelle qui soit, les deniers. De plus, des cartes habillées montrant un comportement, on pourrait presque penser à une façade. Les deniers montre aussi le pilier du travail et du concret qui est la base de sa vie, le travail. Donc, elle travaille et ce travail est le pilier qui permet de casser, couper tout ce qui ne rentre pas dans son cadre et ses principes.
Ensuite parce que les deux cartes, l’arcane et le 10 d’épées représente pratiquement la même situation mais avec des issues différentes.
Quelles sont les significations des cartes ?
La Mort du Rider Waite
La Mort du Rider Waite montre une personne qui coupe facilement les contacts. Donc qui rejette pour ne pas être rejetée. Ici commence justement à apparaitre la blessure affective du rejet. Ce qu’Anatole comprend, c’est qu’elle préfère tourner la page et passer à autre chose d’elle-même. Donc prendre les devants. Il y a aussi comme une forme de fuite devant les émotions. Et c’est bien ce qui c’est passé ici. Tout allait bien. Les émotions, peut être des sentiments, étaient en train de naître entre eux, et pouff, plus personne.
Si on regarde la carte de la Mort, on la voit avancer sur son cheval et faire tomber les personnes sur son passage. Combien ont déjà fait comme Anatole, et essayé d’approcher Amélie sans succès ?
Dans les analyses de personnalité, les personnes qui comportent la Mort dans leur tirage sont des personnes assez catégoriques. Pour la petite histoire ici, pour Anatole, il se souvient bien qu’elle lui avait expliqué qu’elle ne voulait pas avoir d’attaches de façon à être libre et se consacré totalement à son développement spirituel. Ce qui l’avait intrigué.
En effet, elle lui avait expliqué qu’elle avait commencé par se détacher de ses filles en les repoussant pour ne pas qu’elles soient attachées à elle. C’est un comportement assez caractéristique de personnes représentées par la Mort. Couper, se séparer, arrêter, et repartir sur de nouvelles constructions sans fin.
Le 10 d’épées
Le 10 d’épées représente un peu la même idée. Le fait de mettre fin à quelque chose. Mais là, la situation est plus extrême et le processus aussi. On peut comprendre qu’elle s’autorise à couper les contacts, mais qu’elle le fait néanmoins avec une certaine délicatesse quand elle est dans l’optique de la Mort. Mais, quand elle sort du cadre, c’est à dire quand une situation dépasse sa capacité d’acceptation, elle utilisera la stratégie du 10 d’épées.
Autrement dit, elle fera la même chose que précédemment, mais elle le fera avec brutalité. Ce sera une mise à mort totale pour être sur que l’autre ne reviendra pas à la charge. On voit également ici le travail des épées et du mental qui sont son moyen d’action sur le monde.
La Tour
La carte concernant sa stratégie, c’est à dire comment elle réagit face aux personnes, est la Tour. Elle se protège par le fait d’ériger autour d’elle des murs de protection sous forme de convictions, d’idées… Tout cela comme des programmes qui reposent sur le fait qu’elle est convaincue qu’une relation est surtout basée sur la souffrance. La Tour est aussi une carte assez belliqueuse dans le sens où les réactions sont soudaines et violentes. Elle est en concordance avec les deux autres cartes de la Mort du Rider Waite, et du 10 d’épées.
La Tour montre aussi l’incapacité à revenir sur ses principes. Elle a construit un système de pensée et c’est celui qui existe. Personne ne pourra la faire changer d’idée. Nous sommes là aussi dans le domaine du mental.
Ici, la blessure affective du rejet prend tout son sens dans ses 3 cartes.
La réaction d’Anatole pour contrer la situation
Anatole est vraiment choqué. Mais, il constate que c’est ce qui est en train de se passer. le Tarot confirme sa stratégie de comportement à son égard.
Il décide de mettre la balle dans son camps. Il lui écrit qu’il voit bien qu’elle semble occupée. Par conséquent, il lui propose que si elle souhaite avoir un contact avec lui, il l’invite chaleureusement et si elle ne souhaite pas, il n’y a pas de problème. Elle n’est pas obligée de garder le contact.
De manière étonnante, elle répond rapidement en disant qu’elle ne veut pas perdre leur contact et qu’elle l’apprécie beaucoup. Cependant, elle considère les relations comme des pièges et qu’elle en a beaucoup souffert. Ici, elle révèle sa blessure affective du rejet au grand jour en quelque sorte, sans même sans rendre compte.
Il voit alors en elle, une personne blessée qui a peur des contacts dès qu’ils peuvent avoir une teinte affective. Ou encore quand ils peuvent se révéler prometteurs.
La conversation qui révèle tout
Néanmoins, comme il a du mal à croire que cela puisse être à ce point, il l’appelle encore une fois, n’osant pas aller la voir. Elle lui répond qu’elle aime bien être seule, que son travail est le plus important. Et qu’en général, elle ne répond pas, ni au téléphone, ni aux messages parce que tout cela la dérange de ce qui est le plus important pour elle, son univers de travail. Qu’en fait, tout cela lui prend du temps. Il essaie de la relancer pour plus tard, en lui proposant dans ce cas, un autre appel. Elle lui répond que dans ce cas, il faut que le temps alloué à la conversation soit confortable parce que là, ils parlent depuis trop de temps.
Là, il est sidéré et meurtri. Il s’en est pris plein la figure. Sa façon de rejeter est tellement forte, qu’il en souffre lui-même.
Le tirage le montrait, et la situation est effectivement celle-là. Amélie expulse les personnes de sa vie, donc les rejette pour ne pas souffrir de la blessure affective du rejet.
Le tirage qui confirme le tout
Il décide encore de faire un tirage, histoire d’avoir la conscience tranquille pour clore cette affaire. Et surtout pour comprendre s’il a vu juste.
Il fait un tirage pour savoir ce qu’elle voit dans leur relation
Le tirage montre que sur la base, il y a comme une sorte de façade. C’est un peu comme si elle affichait quelque chose qu’elle veut faire croire. Les 8 deniers montrent un fonctionnement sur des principes très communs. La façon aussi d’éviter peut être des discussions ou des situations trop complexes.
Les deux cartes de deniers dans sa vision de la relation sont néanmoins intéressantes. Elle montre que sur la base des deniers tout peut fonctionner. C’est à dire, que dans une relation vidée de la sphère strictement émotionnelle, tout fonctionne bien.
Ensuite, le 4 de deniers montre la problématique. Elle ressort ici sous la forme de ne pas lâcher. Elle a peur des émotions et cela passe par les deniers dans le sens ou elle retient son travail. On pourrait le voir comme son bouclier par exemple. Et cela est sa valeur sure. Tout passe par le travail. Ce qui à l’avantage aussi de ne pas fonctionner sur un monde d’émotions ou de sentiments. Du coup, elle ne laisse pas la place à autre chose. Le 4 de deniers est une carte très intéressante. Parce qu’elle montre une conséquence d’une peur, celle de perdre. Donc, préventivement, il est mieux de couper. Ici, nous interprétons aisément que blessure affective du rejet est totalement stigmatisée dans ce tirage. On comprend aussi à fortiori que Anatole est important pour elle. Par conséquent, la meilleure façon pour elle de se protéger, c’est de le repousser.
Ce qu’elle fait avec brio ici.
La deuxième partie du tirage
Dans ce qu’elle accepte de vivre avec Anatole, l’As d’épées montre qu’elle veut se cantonner à des rapports strictement intellectuels. Aucune émotions. Juste des mots, et des échanges sans implication affective. En face, ce qu’elle ne veut pas vivre, bien sur, se sentir enfermée, attachée, prise au piège. Le 8 d’épées souligne une nouvelle fois la blessure affective du rejet.
Mais si on le prend en obstacle, on comprendra aussi qu’elle est enfermée dans un système du mental. Elle pense être libre en arguant cette liberté comme un choix. Cependant, ce que montre ici le tirage, c’est qu’elle s’est prise elle-même au piège. Elle s’est enfermée dans ses principes. Ces derniers sont maintenant comme une prison. Le plus triste étant qu’au regard des cartes, on voit bien qu’elle n’est pas consciente de s’être enfermée. Elle continue donc à mettre en avant ses principes tout en se coupant du monde des sentiments et des personnes qui pourraient enrichir sa vie.
La conclusion montre le Pendu. On trouve ici sa difficulté à sortir de la situation. Le lien face à son expérience passée qui l’enferme dans une vision sans futur des relations. Et le plus intéressant, le Pendu peut être aussi le désir de garder malgré tout Anatole sous le coude mais quand cela l’intéresse et quand elle veut.
Anatole se retire de la relation. Il est difficile de lutter contre une telle protection. En faisant cela, il s’évite des souffrances futures.


