Il y a dans le tarot une lecture que peu de gens font. Pas la lecture d’une carte isolée, ni même d’un tirage. Une lecture de l’ensemble du jeu comme d’un système cohérent. Un système qui dit quelque chose de très précis sur ce que nous sommes, pourquoi nous tournons en boucle, et ce qu’il faudrait faire pour en sortir.
C’est cette lecture-là que je veux vous proposer ici. Elle n’est pas rassurante. Mais elle est, à mon sens, la plus honnête de toutes.
Les arcanes majeurs comme carte du territoire
La voie la plus directe pour comprendre ce que le tarot dit de notre condition, c’est d’observer les arcanes majeurs dans leur ensemble et dans leurs interactions. Pas carte par carte, comme on le fait dans un apprentissage classique. Mais comme un tout, une structure qui raconte quelque chose.
Et ce qu’elle raconte n’est pas forcément linéaire. Il y a des correspondances, des échos, des tensions entre les cartes qui ne se voient que quand on prend du recul.
Une de ces tensions, je la vois autour de la carte n° 15, le Diable (1 + 5 = 6). Cette carte irradie tout le jeu. Elle est dans la deuxième partie des arcanes majeurs, mais son influence ne se limite pas à cette partie. Elle agit sur toutes les sphères, dans toutes les dimensions du jeu. On pourrait presque dire qu’elle est la clé de lecture de l’ensemble.
En regardant la structure du jeu, on pourrait avancer que les cartes de 1 à 10 concernent la 3ème dimension, celle dans laquelle nous vivons concrètement. Et que les cartes de 11 à 18 concernent une dimension supérieure, disons la 4ème. Le Diable se trouve dans cette 4ème dimension, ce qui expliquerait son influence si directe et si marquée sur notre réalité physique. Il commande depuis un niveau que nous ne voyons pas directement.
Tarot et karma : la boucle dans laquelle nous tournons
Sur notre terre, tout est histoire d’énergie. Celui qui ne comprend pas ce principe ne peut pas vraiment comprendre le fonctionnement de notre monde, ni d’ailleurs ce que le tarot cherche à nous dire.
Le karma, dans cette lecture du tarot, n’est pas une notion douce de justice cosmique qui se rééquilibre doucement de vie en vie. C’est un piège. Un mécanisme qui nous fait revenir sans arrêt sur terre, dans les mêmes boucles, sans vraiment bénéficier de ce que nous avons vécu et compris dans les vies précédentes. Le voile de l’oubli s’abaisse à chaque naissance et tout recommence.
C’est ce que le tarot montre très clairement quand on arrive à la carte du Monde. On pourrait croire que c’est la fin, l’accomplissement, la libération. Le Jugement est passé, quelque chose s’est résolu. Et pourtant, le personnage du Monde se retrouve à nouveau dans une mandorle. Enfermé dans une nouvelle forme. Prêt à repartir au point de départ.
“La fin est un nouveau commencement.” On entend ça comme quelque chose de beau. Dans la vision du tarot, c’est surtout le début d’une nouvelle boucle.
Qui sommes-nous vraiment ?
C’est là que la carte du Soleil devient fascinante. Dans le Tarot de Marseille, elle présente deux enfants qui baignent heureux dans les rayons du soleil. Si on regarde attentivement, ces enfants ressemblent beaucoup aux diablotins enchaînés de la carte du Diable. Ce n’est pas un hasard.
Dans la version Camoin, un des enfants a encore une queue. Celle qui appartenait au diablotin. Comme s’il venait tout juste de passer dans le camp de la lumière. Encore à mi-chemin.
Ce que le tarot dit ici, c’est que nous sommes les enfants du Soleil. La Source. Nous en venons, nous en portons l’énergie. Et c’est précisément pour ça que nous sommes une cible.
Le Diable, coupé de la Source, ne dispose pas de cette énergie. Il doit donc la prendre ailleurs. Et nous sommes là, généreux fournisseurs, sans même le savoir. Ce que nous faisons au bétail, quelque chose le fait à notre niveau énergétique. C’est une chaîne alimentaire, mais au niveau de l’énergie.
Cela peut sembler de la science-fiction. Et pourtant, les religions en ont partiellement parlé. Les philosophies anciennes aussi. Vadim Zeland dans Transurfing décrit exactement ce principe avec ses “balanciers”. Les mots sont différents, le mécanisme est identique.
👉 Pour mieux comprendre le contexte : l’histoire du Tarot de Marseille
Les programmes qui nous maintiennent dans la boucle
Pour que la boucle tourne, il faut des mécanismes internes. Et le tarot les décrit en détail, notamment à travers les suites des bâtons et des épées.
Ces mécanismes, ce sont nos propres émotions quand elles fonctionnent en circuit fermé. Les remords, la culpabilité, la colère, la jalousie, le manque d’estime, toutes les teintes de la peur. La peur de souffrir, la peur de mourir, la peur d’être seul, de ne pas être aimé. Tout ça maintient notre fréquence vibratoire basse. Et une fréquence basse, c’est de l’énergie disponible, digeste, facile à capter.
C’est aussi le rôle de l’ego dans le tarot. Il est le relais intérieur de ce système. Il nous fait croire que nous agissons librement pendant qu’il nous maintient dans des patterns répétitifs.
Dans la vision du tarot, nous sommes issus de la Source. Mais nous en avons été coupés. Comme l’eau d’un barrage qui ne peut plus couler. Et nous portons tous cette nostalgie sans vraiment savoir ce que c’est. Ce désir d’être complet, d’être aimé, de trouver quelque chose qui comble un manque qu’on n’arrive pas à nommer.
Le chemin du Mat : sortir de la boucle
Le tarot ne se contente pas de décrire le piège. Il montre aussi une sortie. Et cette sortie, c’est le Mat.
Le Mat est la seule carte qui échappe au pouvoir du Diable. Il se marginalise. Il sort du système. Il est l’enfant de la Source, issu du Soleil, et il refuse de suivre le chemin du karma. Avant de retomber dans le système à travers les promesses du Monde, il s’échappe.
Il est important de noter que le Mat du Tarot de Marseille n’a rien à voir avec le Fool du Rider Waite. Le Fool est ingénu, presque pathétique dans sa légèreté. Le Mat, lui, est ferme. Il sait ce qu’il fait. Ce n’est pas la naïveté qui le guide, c’est une décision.
La Lune, première porte de prise de conscience
Mais pour devenir le Mat, il faut d’abord passer par la Lune. Cette carte mal-aimée, souvent redoutée, est pourtant essentielle. Elle est la première invitation à remonter à la genèse de ce qui s’est passé. À chercher d’où nous venons vraiment. À rouvrir une mémoire que le système a tout fait pour effacer.
Les travaux en hypnose régressive montrent d’ailleurs que cette mémoire n’est pas vraiment perdue. Elle est là, enfouie, accessible quand on crée les bonnes conditions. Les personnes qui font ce travail remontent à des souvenirs très anciens, parfois à des situations qui éclairent avec une précision troublante ce qu’elles vivent dans cette vie.
La Lune, dans la lecture tarot et karma, c’est accepter de faire le chemin à rebrousse-poil. Remonter plutôt que d’avancer. Comprendre avant d’agir.
Ce que la Mort dit vraiment
La carte de la Mort n’est pas libératrice. Pas dans ce système. Elle fait recommencer la même chose avec des scénarios similaires. D’autres expériences, mais les mêmes thèmes, les mêmes blessures, les mêmes patterns. C’est ce qu’on appelle le karma. Et c’est ce qui ressort aussi de pratiquement toutes les séances d’hypnose régressive : on revient avec le même bagage non résolu.
Le tarot lui-même fonctionne en boucle. La carte 10 repart sur la carte 1 dans les suites. Le Monde, censé être la fin, est le début d’un nouveau cycle. Il n’y a pas d’évolution réelle dans un système qui nous fait perpétuellement recommencer en nous faisant oublier ce qui s’est passé avant.
Le grand dépouillement
Alors que faire ? Le tarot dit : faire comme le Mat. Et le Mat, ce qu’il fait, c’est se dépouiller. Pas de ses biens matériels, même si ça y passe aussi. De ses croyances. Absolument toutes. De ce qu’on lui a dit être vrai, être bien, être nécessaire. Lâcher les obligations sociales, les constructions mentales, les identités empruntées.
Ne garder que l’amour de la Source. La seule valeur sûre dans ce système.
Ce n’est pas un chemin facile. Le système est construit pour que tout le monde soit le geôlier de tout le monde. Se marginaliser, c’est aller à contre-courant de presque tout ce qu’on nous a appris à valoriser. C’est inconfortable. C’est souvent solitaire.
Mais c’est la seule façon d’éviter de tomber dans le mirage du Monde. Celui qui promet l’épanouissement et le bien-être et qui, une fois atteint, remet au point de départ.
Prendre conscience des pièges du bien et du mal dans le tarot, des émotions utilisées comme leviers, des mirages qui nous font descendre encore plus bas. C’est ça, la lecture ésotérique et philosophique du tarot. Pas une promesse. Un diagnostic. Et, si on veut bien le voir, une carte de sortie.
→ Pour aller plus loin dans cette direction : le libre arbitre dans le tarot et peut-on faire confiance au tarot.


