La question revient dans presque toutes les consultations, formulée de façons différentes mais toujours la même au fond : est-ce que le Tarot peut vraiment voir ce qui va se passer ? Et si oui, comment est-ce possible ?
Pendant longtemps, j’ai donné des réponses approximatives à cette question. Des réponses qui parlaient d’intuition, d’inconscient collectif, de langage symbolique. Tout cela est vrai, mais incomplet. C’est en tombant sur les travaux de physiciens comme Philippe Guillemant, Yakir Aharonov, Ken Wharton et Olivier Costa de Beauregard que quelque chose s’est mis en place pour moi. Une façon de comprendre comment le Tarot fonctionne qui tient à la fois philosophiquement et scientifiquement.
Ce que je vous propose ici n’est pas une certitude. C’est une hypothèse de travail, sérieuse, fondée sur de la physique réelle, et qui correspond à ce que vingt-cinq ans de pratique m’ont fait observer.
Le Tarot peut-il vraiment lire le futur ?
La réponse courte est : peut-être. Mais pas de la façon dont on l’imagine généralement.
Quand on parle de prédictions du Tarot, on suppose implicitement que le futur est quelque chose qui n’existe pas encore et que les cartes auraient un accès privilégié. Cette vision est à la fois ce qui fascine et ce qui rend sceptique. Elle suppose un mécanisme mystérieux, inexplicable, que la raison ne peut pas toucher.
La physique contemporaine ouvre une voie différente. Une voie qui ne demande pas de croire en quelque chose de surnaturel, mais qui oblige à réviser notre conception du temps. Pour comprendre comment le temps fonctionne dans le Tarot, il faut d’abord comprendre comment la physique le redéfinit.
“En physique, l’espace-temps est une représentation mathématique de l’espace et du temps comme deux notions inséparables et s’influençant l’une l’autre. En réalité, ce sont deux versions (vues sous un angle différent) d’une même entité.” — Wikipédia
Ce que cette définition dit, et que la physique newtonienne ne disait pas, c’est que le temps n’est pas une ligne sur laquelle on avance. C’est une dimension de la réalité, au même titre que les trois dimensions de l’espace. Et comme toute dimension, elle existe dans les deux sens.
Ce que la physique dit sur le temps et les prédictions
Le futur existe déjà, mais il n’est pas écrit
C’est le point de départ de plusieurs physiciens qui ont travaillé sur la rétrocausalité, l’idée que le futur peut influencer le présent. Olivier Costa de Beauregard a été l’un des premiers à formaliser cette intuition dans un cadre mathématique rigoureux. Yakir Aharonov et Ken Wharton ont développé des modèles quantiques qui montrent que les états futurs d’un système participent à la définition de son état présent. Philippe Guillemant, plus récemment, a proposé une théorie du plurivers temporel dans laquelle différents futurs coexistent déjà, et où nos intentions jouent un rôle actif dans celui qui se manifeste.
Ce que ces travaux suggèrent collectivement est déstabilisant : le futur existerait déjà, mais sous la forme de potentialités, de trajectoires possibles. Notre conscience, trop limitée pour percevoir l’ensemble de l’espace-temps, le découpe en séquence linéaire. Passé, présent, futur. Mais cette découpe est une contrainte perceptive, pas une réalité absolue.
Si c’est vrai, alors le Tarot ne lirait pas un futur inexistant qu’il inventerait. Il capterait quelque chose qui existe déjà, dans une configuration que notre conscience ordinaire ne peut pas percevoir directement, mais que notre inconscient, moins filtré, peut parfois toucher.
La théorie de la double causalité
Dans la vision classique de la causalité, le passé cause le présent qui cause le futur. C’est le sens de la marche habituel. La théorie de la double causalité retourne partiellement ce schéma : le futur aussi influence le présent, à travers des rétroactions que nous percevons sous forme d’intuitions, de synchronicités, d’impressions inexplicables que quelque chose nous attire ou nous repousse sans que nous sachions pourquoi.
Dans cette théorie, le futur n’est pas un mur fixe. Il ressemble plutôt à un arbre dont chaque branche représente un scénario possible. Ces scénarios existent déjà dans l’espace-temps, mais ils ne sont pas équiprobables. Nos intentions conscientes et inconscientes, la qualité de nos émotions, la direction de notre attention, tout cela modifie le poids relatif de ces trajectoires. Nous ne choisissons pas entre un futur existant et un futur inexistant. Nous influençons lequel des futurs déjà existants va se manifester dans notre expérience.
C’est là que le lâcher-prise prend un sens très concret. Une intention rigide, crispée, produit une énergie qui ferme des trajectoires. Une intention claire assortie de lâcher-prise laisse le champ ouvert à la trajectoire la plus favorable. Eckhart Tolle parle de la même chose depuis l’angle de la pleine conscience. La physique en propose la mécanique.
Comment le Tarot capte ce que nous n’avons pas encore vécu
Si le futur existe déjà sous forme de trajectoires, alors le Tarot fonctionne comme un capteur. Non pas un capteur du futur fixé, mais un capteur de la trajectoire dominante au moment du tirage, en fonction de l’état intérieur de la personne, de ses intentions conscientes et inconscientes, de ses blocages et de ses forces.
Ce que le Tarot montre, c’est le “Moi futur” le plus probable compte tenu de qui vous êtes en ce moment. Et c’est pourquoi les messages du Tarot sont si souvent assortis de conditions : si vous continuez dans cette direction, si vous modifiez cela, si vous lâchez cet attachement. Ce ne sont pas des mises en garde arbitraires. Ce sont des indications sur ce qui, dans votre présent, pèse sur quelle trajectoire.
Ce que tu penses tu le deviens. Ce que tu ressens tu l’attires. Ce que tu imagines tu le crées. — Bouddha
Cette citation n’est pas une métaphore poétique dans ce cadre. C’est une description fonctionnelle. Vos émotions et vos pensées émettent en permanence des signaux qui influencent, selon la théorie de la double causalité, lesquelles de vos trajectoires futures se renforcent. Le Tarot peut lire cet état émotionnel et intentionnel du moment avec une précision que la raison seule ne peut pas atteindre, précisément parce qu’il passe par les archétypes et les symboles, qui parlent à l’inconscient avant de parler au mental.
Ce que vous pouvez faire avec cette information
Moduler le futur par l’intention
Si les prédictions du Tarot montrent une trajectoire dominante et non un destin figé, cela change complètement ce qu’on fait avec un tirage. Un tirage qui montre une situation difficile n’est pas une sentence. C’est une information sur ce qui se passe actuellement dans votre espace intérieur et sur la direction que ça prend si rien ne change.
Vous pouvez donc utiliser le Tarot de deux façons complémentaires. La première est de lire la trajectoire dominante : voilà où vous allez si vous continuez ainsi. La deuxième est de poser une intention et de demander au Tarot ce qu’il faudrait ajuster dans votre présent pour que cette intention puisse se manifester. Le Tarot va alors indiquer, non pas ce qui va arriver, mais ce que le “Moi présent” doit devenir pour que le “Moi futur” désiré puisse exister. C’est une utilisation du tirage du Tarot radicalement différente de la simple prédiction.
Pister les intentions inconscientes
Le point le plus délicat dans tout cela est que nos intentions ne sont pas toutes conscientes. Nous envoyons en permanence des signaux vers nos trajectoires futures depuis un niveau émotionnel profond que nous ne contrôlons pas directement. Une peur ancienne enracinée dans l’inconscient pèse sur nos trajectoires autant qu’une intention consciente formulée clairement. Parfois plus.
C’est là que le Tarot devient particulièrement utile. Un tirage simple du type “quelles émotions est-ce que je ressens actuellement sans en être conscient” ou “comment est-ce que je vis réellement cette situation en profondeur” peut révéler des états intérieurs que le mental masquait. Et en les rendant visibles, il devient possible d’agir dessus plutôt que de les laisser œuvrer en sourdine.
Pour construire ce type de tirage, la formulation de la question est tout. On ne demande pas ce qui va se passer. On demande ce qui est déjà là, en soi, et qui influence ce qui va se passer.
Ce que vingt-cinq ans de pratique m’ont appris sur les prédictions
Cette théorie n’est pas restée pour moi une abstraction intellectuelle. Elle s’est progressivement imposée comme la seule explication cohérente de ce que j’observais dans ma pratique.
Quand j’ai décidé de vivre de mon activité autour du Tarot, il s’est passé quelque chose que je n’avais pas anticipé. Mon intention était claire et forte. Mais les années qui ont suivi ont été parmi les plus difficiles de ma vie. Des situations que je n’avais pas choisies, des remises en question profondes, des pertes que je ne comprenais pas sur le moment. Le Tarot, pendant cette période, ne me donnait pas de réconfort facile. Il me montrait des choses à transformer, des croyances à lâcher, des peurs à traverser.
Je comprends aujourd’hui ce qui se passait. Mon intention forte avait déjà modifié la trajectoire future, elle montrait une réussite de ce que je voulais construire. Mais pour que mon “Moi présent” de l’époque puisse rejoindre ce “Moi futur”, une mise à niveau était nécessaire. Le Tarot n’a pas fait l’économie de cette mise à niveau. Il l’a accompagnée, pas à pas, en montrant à chaque étape ce qui était le prochain pas à accomplir, même quand ce pas était inconfortable.
C’est ce que j’entends quand je dis que les prédictions du Tarot ne sont pas des prédictions au sens ordinaire. Elles sont des boussoles. Elles montrent moins ce qui va arriver que ce que vous devez devenir pour que ce que vous voulez vraiment puisse arriver.
Pour explorer la dimension plus large dans laquelle cette vision s’inscrit, la page sur le Tarot spirituel pose le cadre philosophique et ésotérique complet. Et si la question de ce qui est synchronicité et ce qui est coïncidence vous intéresse, elle est directement liée à tout ce qui précède.



