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  • Histoire du tarot de Marseille : origines, mystères et transmission

Ce qui me fascine dans l’histoire du tarot de Marseille, c’est précisément qu’on n’en sait presque rien de certain. Pas d’acte de naissance, pas d’auteur, pas de date claire. Juste des pistes, des hypothèses, des théories qui se contredisent parfois joyeusement et qui toutes ont une part de vérité possible. Et selon moi, cette incertitude n’est pas un défaut. C’est une des choses qui fait que le tarot reste vivant, qu’il continue d’interroger, qu’on ne peut pas l’enfermer dans une seule explication.

Il existe de nombreuses hypothèses sur l’origine et la signification du tarot divinatoire, et jusqu’à ce jour, faute de preuves suffisantes, aucune n’a pu s’imposer définitivement. Ce qu’on sait avec certitude, c’est que le tarot de Marseille a donné naissance à tous les autres tarots que nous connaissons aujourd’hui, y compris le Rider Waite, et que cela seul mérite qu’on s’y attarde. Pour aller plus loin sur la question de ce qu’on peut vraiment croire du tarot et de ses origines, j’ai écrit un article qui explore les courants contradictoires sur le sujet.

Le tarot divinatoire et les cartes à jouer : une parenté troublante

La première chose qui frappe quand on regarde le tarot de Marseille avec ses arcanes mineurs, c’est sa ressemblance avec les cartes à jouer espagnoles. La structure est quasi identique : dix cartes avec un As, une suite habillée qu’on retrouve aussi dans les jeux de cartes classiques. Une différence intéressante quand même : les jeux classiques proposent trois figures habillées et omettent le cavalier, alors que le tarot en compte quatre.

En Italie, certains jeux ont introduit des cartes particulières appelées “triomphes” en raison de leur force dans le jeu. On retrouve cette même idée dans le jeu de tarot, qui est à l’origine un jeu de cartes qui se joue, différent du tarot divinatoire que nous utilisons. C’est cette distinction qui m’a toujours semblé importante à comprendre quand on s’intéresse à l’histoire du tarot : il y a eu d’abord un jeu, et c’est progressivement que ce jeu a pris une dimension symbolique et ésotérique avec la division entre arcanes majeurs et arcanes mineurs telle qu’on la connaît aujourd’hui.

L’étymologie du mot tarot : plusieurs pistes, aucune certitude

Les chercheurs ont proposé des origines très variées pour le mot “tarot” et c’est, selon moi, assez révélateur de l’état général de nos connaissances sur le sujet, c’est-à-dire un peu flottant mais jamais sans intérêt.

Antoine Court de Gébelin, au début du XXe siècle alors que l’Égypte était très à la mode, a proposé que le mot tarot vienne des mots égyptiens TAR (chemin) et RO (royal), faisant du tarot “la voie royale”. C’est séduisant, mais cette théorie est apparue exactement au moment où il était tentant de tout rattacher à l’Égypte antique, ce qui la rend suspecte.

Pierre l’Arétin au XVe siècle pensait que le mot viendrait du grec etare, “compagnon”. Jean Alexandre Vaillant au XIXe siècle proposait un lien avec la déesse phénicienne Astarté. Un autre courant encore rattache le mot au TAO asiatique, la voie dans la philosophie orientale, ce qui est pour le moins difficile à défendre pour un outil fondamentalement européen.

La piste la plus sobre et probablement la plus honnête, c’est que le tarot divinatoire serait né près de la rivière Taro, une rivière italienne, ce qui irait dans le sens d’une origine italienne que les traces historiques rendent assez plausible. Mais le plus probable aussi, et je dis ça sans ironie, c’est que le mot tarot n’ait tout simplement aucune origine étymologique claire. Le mystère reste entier sur ce point précis.

La question des symboles et de leurs origines

La paternité du tarot a été revendiquée par de nombreuses traditions. Les courants religieux comme les jésuites, les sociétés secrètes comme les francs-maçons utilisaient des formes de tarots divinatoires, ce qui a alimenté l’idée qu’ils en seraient à l’origine. Mais si on regarde l’histoire sérieusement, les tarots de ces sociétés sont plutôt récents, ce qui exclut cette hypothèse.

Ce qu’on trouve dans les lames, c’est clairement des influences judéo-chrétiennes, des figures religieuses, des références à des courants philosophiques très divers. Et le plus probable, sans pouvoir l’affirmer avec certitude, c’est que le tarot divinatoire ait fait son apparition autour des années 1425, peut-être à la cour de Philippe Marie Visconti, dont un tarot porte d’ailleurs le nom.

Cette illustre famille aurait commandé plusieurs jeux de tarot que nous connaissons aujourd’hui sous le nom des Tarots Visconti-Sforza, et des jeux incomplets de cette époque appartenant à cette famille se trouvent encore dans des musées italiens. Vers le XVe siècle apparaissent aussi les jeux de cartes appelés les Minchate, comportant de nombreux atouts avec des cartes proches du tarot que nous connaissons, intégrant les éléments, les signes du zodiaque. Ce jeu n’existe plus aujourd’hui, mais on ne peut pas dire avec certitude s’il a inspiré le tarot ou pas.

Pour comprendre comment tous ces symboles ont été transmis et ce qu’ils signifient dans les lames, la page sur le symbolisme dans le tarot développe ça en détail.

L’histoire du tarot de Marseille : de l’Italie à la France

Le nom de tarot apparaît donc d’abord en Italie et gagne toute l’Europe. Il est populaire, mais c’est un jeu de cartes, pas encore un outil de divination. Petit à petit cependant, le tarot se transforme et prend la forme que nous lui connaissons : 22 atouts pour un total de 78 cartes.

Le tarot passe la frontière et arrive en France vers la fin du XVe siècle. Rien n’est absolument certain là non plus, puisque des tarots plus anciens auraient été trouvés en France, ce qui remet en question l’hypothèse d’une origine exclusivement italienne. Un détail que je trouve fascinant : l’Italie produira encore un jeu de tarot, le Sola Busca, qui inspirera quelques siècles plus tard Pamela Smith et Arthur Edward Waite pour la création du Rider Waite, montrant bien que ces jeux se nourrissent les uns des autres dans une continuité qu’on ne soupçonne pas toujours.

La naissance du tarot de Marseille tel qu’on le connaît

C’est en 1650 que le jeu prend véritablement l’allure que nous lui connaissons grâce à des maisons d’édition et des personnages comme Jean Noblet, Nicolas Conver. Ce dernier inspirera de nombreuses adaptations modernes, notamment à travers la maison d’édition Camoin.

Ce que je trouve important de comprendre là-dedans, c’est que la création des jeux tels qu’on les connaît aujourd’hui s’est faite très progressivement, avec une multitude de jeux assez hétéroclites qui coexistaient. Au début il y avait plusieurs tarots, puis progressivement tout ça s’est simplifié pour donner le tarot de Marseille. On pourrait dire que c’est précisément ce mélange de traditions qui a permis au tarot de Marseille de rassembler les symboles ésotériques qu’on lui connaît, et qui fait qu’il est difficile de lui assigner une origine unique et propre.

La structure du tarot de Marseille

Le tarot de Marseille répond à une structure bien précise qui a été reprise par Conver, Dodal et d’autres, en s’inspirant de tarots plus anciens qui n’avaient pas encore cette organisation. Leur apport est selon moi monumental parce qu’en joignant tous ces éléments ils ont fait du tarot un jeu unique, cohérent, avec une logique interne qu’on peut explorer indéfiniment.

En 1930, Paul Marteau lance le jeu de tarot divinatoire moderne que beaucoup utilisent encore aujourd’hui, en s’inspirant notamment du tarot de Nicolas Conver. Ce que ça montre clairement, c’est que le tarot ressemble à une forme d’amalgame de différents courants religieux, philosophiques, de représentations des civilisations occidentales et orientales. Il n’a pas été dessiné en une seule fois, une fois pour toutes. Il a été façonné progressivement, transformé, réécrit au fil des siècles, et continue encore de nos jours à évoluer.

À titre d’exemple, dans les premiers tarots, les cavaliers portent des lames courbes d’inspiration arabe ou sarrasine, ce qui suggère que ces cultures se côtoyaient au moment où les cartes ont été dessinées, et que le tarot s’en est nourri. C’est aussi pour ça qu’il est très difficile d’avoir des certitudes sur ses influences profondes. Vous pouvez retrouver une exploration de ces symboles à travers les lames dans l’article sur le voyage du Bateleur à travers le tarot.

Jodorowsky et la restauration du tarot de Marseille

C’est sans doute à Jodorowsky qu’on doit la version la plus utilisée du tarot divinatoire aujourd’hui. Après de longues recherches, il a proposé une version restaurée du tarot de Marseille qui reste une référence, et pour lui le tarot serait véritablement originaire de la ville de Marseille. Il développe ça de manière assez précise dans son livret d’introduction aux Éditions Camoin.

Sa théorie est celle qui me parle le plus personnellement, même si je ne peux pas l’affirmer avec certitude, parce qu’elle donne au tarot une raison d’être qui dépasse largement le simple jeu de cartes. Selon lui, le tarot serait né à la croisée de trois civilisations, la civilisation juive, chrétienne et musulmane, qui cohabitaient à cette époque dans le sud de la France et en Espagne. Un groupe de sages aurait décidé de protéger un savoir commun, une connaissance sacrée, à travers des symboles cachés dans un simple jeu de cartes, de façon à ce que des initiés puissent par la suite la retrouver. C’est une version qui pourrait se révéler vraie, et qui en tout cas donne à réfléchir sur ce qu’on tient entre les mains quand on étale ses cartes.

Les couleurs du tarot de Marseille sont très simples à l’origine, les fabrications étant artisanales. Ce sont les Éditions Camoin qui ont ensuite automatisé la production et enrichi la palette. Jodorowsky a introduit des couleurs plus nuancées, l’orange, le vert pâle, le bleu pâle, qui donnent au tarot de Marseille restauré sa tonalité particulière que beaucoup reconnaissent immédiatement.

La dimension ésotérique du tarot divinatoire

Avec tout ça, il est impossible de dire à quel moment précis le tarot a pris sa dimension ésotérique, ni dans quel but il a été créé au départ. On ne sait pas s’il servait uniquement de jeu de cartes ou s’il était déjà utilisé dans un but divinatoire dès ses premières versions. Ce qui est sûr, c’est que la fin des années 1700 marque un tournant dans le regard porté sur ce jeu.

Le tarot d’Etteilla

Tout commence avec Etteilla, qui recrée un jeu de cartes en affirmant qu’il restaure un ancien jeu nommé “Tarot”. C’est comme ça que naît l’idée d’un tarot restauré avec des origines lointaines, et que la dimension divinatoire commence à s’affirmer publiquement.

Le Rider Waite et l’explosion ésotérique

Au début du XXe siècle, les courants ésotériques et hermétiques sont en pleine ébullition. Va naître de tout ça le Rider Waite, avec des références à la culture égyptienne très à la mode à cette époque. Le Rider Waite a littéralement transformé l’accès au tarot dans le monde anglo-saxon en introduisant des illustrations sur les arcanes mineurs, rendant la lecture plus immédiate pour les débutants. À partir de ce moment, de nombreux tarots divinatoires voient le jour et le tarot est véritablement considéré comme un outil ésotérique à part entière.

Les influences qui s’ajoutent

Le tarot prend alors des influences variées : la kabbale, avec l’introduction de lettres hébraïques dans certains jeux en raison de leur vibration particulière. On remarquera que ces ajouts viennent surtout de l’époque récente, le tarot à sa base ne comportant aucune référence à des symboles égyptiens ou hébraïques. Les symboles alchimiques en revanche ont toujours été plus ou moins présents, et c’est par eux qu’on retrouve dans le tarot une influence judéo-chrétienne plus ancienne et plus profonde que les ajouts ésotériques modernes. Pour explorer cette dimension, l’article sur l’alchimie dans le tarot de Marseille est une bonne porte d’entrée.

Le tarot aujourd’hui

En cette fin de XXe siècle et début de XXIe, la diversité est totale. Les tarots divinatoires couvrent tous les thèmes, tous les courants, tarot de la Wicca, tarots celtiques, égyptiens, artistiques, de la nature. Des nouveaux jeux sont régulièrement créés, expression des artistes qui s’intéressent à ce domaine. Cela a permis à de nombreux chercheurs de retrouver dans le tarot des enseignements concernant la kabbale, l’alchimie, la psychologie jungienne.

Ce que l’incertitude des origines nous dit du tarot

Tout ce qui est relaté ici fait partie des théories parmi d’autres, et je tiens à le dire clairement parce que c’est important : aucune ne peut être confirmée ni infirmée avec certitude. Le tarot de Marseille est loin d’avoir livré tous ses secrets, et je pense honnêtement que c’est une des choses qui lui donne sa force.

Un outil qui appartient à tout le monde parce qu’il n’appartient à personne vraiment. Un outil qui traverse les siècles sans qu’on puisse l’enfermer dans une définition, une origine, une tradition unique. La présence de nombreux archétypes permet à chacun de s’y retrouver, de s’y identifier, de laisser son intuition travailler. Et cette richesse symbolique, qui vient précisément de ce mélange de cultures et d’époques, continue de fasciner et d’interroger des personnes très différentes, que ce soit dans le domaine de la voyance, de la psychothérapie, de la philosophie ou simplement de la connaissance de soi.

Si vous voulez comprendre comment utiliser concrètement cet outil avec toute cette richesse derrière lui, la page sur apprendre le tarot est le point de départ le plus logique.

Au sujet de

SAM

Pouvoir aider les personnes à résoudre leur situation et les amener à une amélioration significative est pour moi un plaisir sans cesse renouvelé qui fait que je suis une passionnée de mon métier dont je parle toujours avec beaucoup d’amour.