Je ne consulte plus vraiment d’autres praticiens depuis longtemps. Mais quand j’étais étudiante, et que je commençais tout juste à découvrir le Tarot, il m’est arrivé quelques fois de me faire tirer les cartes. D’autant plus que je savais déjà une chose que l’on apprend assez vite : on ressent beaucoup plus facilement pour les autres que pour soi. La distance émotionnelle que l’on n’a pas avec sa propre vie, on l’a naturellement avec celle de quelqu’un d’autre. Alors j’allais parfois voir des tarologues, ne serait-ce que pour observer comment ils travaillaient.
C’est dans ce contexte que j’ai vécu la consultation dont je me souviens encore aujourd’hui. Pas pour les bonnes raisons.
C’était un salon ésotérique. Il y avait de l’astrologie, des médiums, des tarologues. Je me suis inscrite sur une liste et j’ai attendu mon tour. Quand je suis entrée dans la pièce, j’ai eu l’impression de rentrer dans une cave de bazar oriental. Des lampes qui pendaient du plafond, des néons qui couraient sur les murs, une déco entre les mille et une nuits et le château de Dracula. Bon. Soit.
Ce qui m’a surtout frappée, c’est la personne qui était assise derrière la table. Elle retournait les cartes comme si elle ne les avait jamais vues auparavant. Pas dans le bon sens, celui du praticien qui prend le temps d’observer. Dans le sens de quelqu’un qui cherche ses repères. J’étais perplexe. Et j’ai commencé à comprendre ce qui allait suivre.
Elle m’a regardée et m’a dit, sans transition, que ma vie était un désastre et que les choses allaient empirer. Pas de question préalable, pas d’écoute, pas de contexte. Juste ça, comme une sentence. Je me suis recroquevillée sur ma chaise, pas de peur, plutôt de stupeur. Puis elle a enchaîné en m’expliquant qu’il y avait de l’alcoolisme des deux côtés de ma famille. J’ai failli éclater de rire. Je ne savais même pas quelle carte était censée montrer ça. Elle a conclu en me conseillant de ne jamais toucher à l’alcool, parce que ça ruinerait ma vie. Toute la séance a duré moins de dix minutes.
J’étais déçue. Et un peu abasourdie.
Ce qui est drôle, c’est qu’une partie de sa lecture s’est révélée exacte par la suite. Pas l’alcoolisme, évidemment. Mais le personnage qu’elle voyait dans les cartes, ce quelqu’un de jaloux, de contrôlant, qui appelait cinquante fois par jour. Ce comportement n’était pas encore apparu au moment de la consultation. Il est apparu après. Alors j’aurais pu me dire qu’elle avait vu juste. Sauf que la façon dont elle avait transmis ce message, sans nuance, sans accompagnement, avec un goût du drame qui faisait plus peur qu’il n’aidait, m’avait simplement fermée à ce qu’elle disait. Une bonne lecture, même juste, peut être complètement ratée dans sa transmission.
C’est cette expérience qui m’a le plus appris sur ce que signifie être un tarologue compétent.
Dans cet article, tu trouveras :
- Ce que cette consultation m’a appris sur ce qui fait vraiment une bonne lecture
- Les compétences réelles d’un tarologue sérieux
- Ce que l’éthique veut dire concrètement dans ce métier
- Les signaux d’alerte à repérer avant de consulter quelqu’un
Ce que cette expérience m’a appris sur la lecture du Tarot
La première chose que j’ai comprise ce jour-là, c’est qu’une lecture du Tarot n’est pas un verdict. Ce n’est pas un tribunal où les cartes prononcent une sentence sur ta vie. C’est un outil de lecture d’une situation, avec ses potentialités, ses tensions, ses lignes de force. Dire à quelqu’un que sa vie est un désastre et que ça va empirer, c’est non seulement inutile, c’est nuisible. Parce que ça ne donne aucune prise, aucune direction, aucune possibilité d’agir.
La deuxième chose, c’est que la vitesse d’une consultation ne dit rien de sa qualité, sauf quand elle est aussi courte que la mienne. Dix minutes pour quelqu’un qui vient avec une vraie question, c’est le signe que le praticien n’a pas cherché à comprendre. Une bonne lecture prend le temps qu’elle prend, pas plus, pas moins. Mais elle prend toujours le temps d’écouter.
La troisième chose, et c’est peut-être la plus importante : un tarologue peut avoir des perceptions justes et une approche complètement à côté. Le message peut être là, les cartes peuvent parler, et la lecture peut quand même rater son but si elle n’est pas transmise avec soin.
Une bonne lecture, même juste dans son contenu, peut faire plus de mal que de bien si elle est mal conduite. C’est ça, au fond, la responsabilité d’un tarologue.
La maîtrise des cartes, oui, mais pas que
Un tarologue compétent connaît ses cartes. C’est une évidence, mais ça mérite d’être dit clairement parce que “connaître” ne veut pas dire “réciter”. Connaître les cartes du Tarot, c’est les avoir habitées suffisamment longtemps pour que leur symbolique soit devenue une langue intérieure, pas une liste à cocher.
Ce que j’observe souvent chez les praticiens qui débutent, c’est une tendance à chercher la signification exacte de chaque carte avant de regarder ce que le tirage dit globalement. On lit les mots avant de lire la phrase. Ça donne des lectures fragmentées, où chaque carte est correcte prise isolément, mais où l’ensemble ne dit rien de cohérent.
L’intuition n’est pas un don, c’est une pratique
On entend beaucoup parler d’intuition dans le monde du Tarot. Parfois avec une forme de mysticisme qui laisse croire que certains l’ont et d’autres non. Ce n’est pas mon expérience. L’intuition dans la lecture du Tarot se développe avec la pratique, comme n’importe quelle compétence. Elle se construit à force de tirages, d’observations, d’erreurs et de retours.
Ce que l’intuition permet, c’est de capter ce qui est sous la surface d’un tirage. Une carte qui techniquement devrait aller dans un sens, mais qui dans ce contexte précis, avec cette personne précise, dit quelque chose de légèrement différent. Ce glissement subtil, c’est l’intuition. Et elle ne s’improvise pas, elle s’éduque.
La flexibilité face à ce que les cartes montrent vraiment
Un bon tarologue ne force pas les cartes à dire ce que le consultant veut entendre. C’est une tentation réelle, surtout quand on sent que la personne en face est fragile ou qu’elle attend une réponse particulière. Mais céder à cette tentation, c’est trahir la confiance qu’elle t’accorde.
La flexibilité dont un praticien a besoin, ce n’est pas la flexibilité du message, c’est la flexibilité de l’approche. Savoir adapter la façon de transmettre quelque chose de difficile sans en édulcorer le sens. Trouver les mots qui ouvrent plutôt que ceux qui ferment. C’est un art qui se travaille, et qui demande autant de connaissance de soi que de connaissance des cartes.
Pour aller plus loin sur ce sujet, l’article sur la lecture du Tarot donne des repères concrets sur ce qui structure une bonne lecture.
L’éthique, la vraie différence entre un praticien sérieux et le reste
C’est le point sur lequel on fait le moins l’impasse quand on forme des praticiens, et pourtant c’est celui qui a le plus d’impact sur la personne qui consulte.
Confidentialité et neutralité
Une séance de Tarot est un espace de confiance. Ce que quelqu’un te confie dans ce cadre ne sort pas de là. Ça semble évident mais dans la pratique, beaucoup de praticiens parlent de leurs consultants, anonymement ou pas, par enthousiasme ou par inadvertance. C’est une violation de confiance, même inconsciente.
La neutralité, c’est l’autre pilier. Un tarologue n’a pas d’avis à donner sur les choix de vie de la personne qu’il consulte. Son rôle n’est pas de juger si la relation que quelqu’un maintient est une bonne idée, si le projet professionnel est réaliste, si la décision qu’il s’apprête à prendre est sage. Les cartes éclairent, elles ne condamnent pas. Et le praticien non plus.
Ne jamais décider à la place du consultant
C’est peut-être la règle la plus importante de toutes. Le Tarot ouvre des perspectives, il donne des éclairages, il montre des potentialités. Mais c’est toujours le consultant qui décide. Toujours. Un praticien qui dit “vous devez faire ça” ou “vous ne devez surtout pas faire ça” sort de son rôle. Il prend une responsabilité qui n’est pas la sienne et qui, souvent, fait plus de mal que de bien.
Ce que j’ai appris avec les années, c’est que les meilleures lectures sont celles qui redonnent à la personne le sentiment qu’elle a les cartes en main. Pas celles qui la convainquent qu’elle est à la merci d’un destin qu’elle ne maîtrise pas.
Comment évaluer un tarologue avant de le consulter
Si tu envisages de consulter quelqu’un, voici ce que j’observe comme signaux d’alerte, après des années de pratique et quelques consultations mémorables comme celle que j’ai racontée plus haut.
Un praticien sérieux prend le temps de t’écouter avant de commencer. Il te pose des questions sur ce que tu cherches, sur le contexte de ta question. Il ne plonge pas dans les cartes sans avoir compris pourquoi tu es là.
Il ne prédit pas l’avenir de façon définitive. Il parle de potentialités, de tendances, de ce que les cartes suggèrent à partir de ce qui est là maintenant. La nuance entre “voilà ce qui va se passer” et “voilà ce que les cartes montrent de ta situation actuelle” est énorme.
Il ne joue pas sur la peur. Une lecture peut inclure des cartes difficiles, des messages inconfortables. Un bon praticien les transmet avec clarté et avec soin, en cherchant toujours à donner une prise, une direction, quelque chose d’actionnable. Pas une sentence.
Il respecte son temps de lecture. Dix minutes pour une vraie question, c’est trop peu. Une heure trente pour une question simple, c’est peut-être trop. Un praticien expérimenté a un sens du rythme qui correspond à ce que la lecture demande.
Et enfin, il ne te rend pas dépendant de lui. Un bon tarologue travaille à ce que tu aies moins besoin de lui avec le temps, pas à ce que tu reviennes chaque semaine. C’est une forme d’intégrité rare, mais elle existe.
Le Tarot est un outil de connaissance de soi. Le rôle d’un praticien compétent est de t’aider à utiliser cet outil, pas de le substituer à ta propre capacité à comprendre ta vie.
Si tu veux aller plus loin sur la question de la confiance qu’on peut accorder au Tarot et à ceux qui le lisent, l’article peut-on faire confiance au Tarot est une bonne suite à cette lecture. Et si tu es en train de te former à la pratique du Tarot, tu trouveras dans cet espace tout ce qui concerne l’utilisation concrète des cartes. Pour ceux qui envisagent d’en faire un métier, l’article sur comment gagner sa vie avec le Tarot aborde les questions de professionnalisation de façon directe.
