Le Tarot ne répond pas à tout. Je dis ça après des années de pratique, et ce n’est pas une critique, c’est juste une réalité que n’importe quel praticien honnête finit par admettre.
Il y a des consultations où le Tarot donne une vision juste, profonde, utile. Et puis il y a des questions où quelque chose reste suspendu. La personne en face de moi a compris l’enjeu, elle voit la dynamique générale, mais elle a besoin de savoir concrètement : par où commencer, quelle étape d’abord, est-ce que c’est le bon moment ou pas. Et là, le Tarot avec ses archétypes et sa profondeur symbolique, il montre le territoire mais pas forcément le chemin.
C’est dans ces moments-là que j’utilise un tirage Lenormand en complément. Pas à la place. En complément.
Ce que le Tarot fait bien et ce qu’il ne fait pas
Le Tarot est un outil de profondeur. Il plonge dans la psyché, révèle les dynamiques sous-jacentes, montre ce qui se joue vraiment sous la surface d’une situation. Quand quelqu’un me pose une question sur une relation difficile, le Tarot va souvent montrer la structure émotionnelle de la relation, les peurs de chacun, ce qui se répète, ce que la situation demande d’apprendre. C’est précieux. C’est ce pour quoi je l’utilise depuis vingt ans.
Mais le Tarot parle en symboles et en archétypes. Sa réponse est rarement “fais d’abord ça, puis ça, puis ça.” Elle est plus souvent “voilà ce qui est en jeu, voilà la direction.” Pour quelqu’un qui a besoin de concret, d’une feuille de route, d’un timing, ça peut laisser une frustration.
Le Petit Lenormand, lui, est construit différemment. 36 cartes, des symboles directs et sans ambiguïté : le Livre, la Lettre, la Maison, le Chemin, les Oiseaux. Il ne cherche pas à explorer l’inconscient. Il décrit les événements, les circonstances, les personnes impliquées, les délais. Sa lecture est narrative et séquentielle. Là où le Tarot montre une énergie, le Lenormand montre souvent une séquence.
C’est pour ça que les deux se complètent bien. Le Tarot donne le pourquoi et le quoi profond. Un tirage Lenormand donne le comment et le quand.
Quand est-ce que j’utilise les deux
Je ne combine pas les deux systèmes systématiquement. Ce serait inutile et alourdirait la lecture.
Je les combine quand la question est à la fois stratégique et émotionnelle. Typiquement : une personne qui lance un projet, qui veut savoir non seulement si c’est aligné avec elle mais aussi comment le mener concrètement. Ou quelqu’un qui hésite entre deux directions et a besoin à la fois de comprendre ce qui se joue intérieurement et d’avoir une vision pratique des deux chemins.
Je les combine aussi quand le Tarot a répondu sur le fond mais qu’il reste des zones floues sur la mise en œuvre. Dans ce cas, je n’utilise pas le Lenormand pour recommencer la lecture depuis le début. Je l’utilise pour affiner des points précis.
La question que je me pose avant de sortir le Lenormand : est-ce que la personne a besoin de comprendre davantage, ou est-ce qu’elle a besoin de savoir comment faire ? Si c’est la deuxième option, c’est le moment.
Comment je construis un tirage Lenormand croisé avec le Tarot
Je commence par le tirage Lenormand. Trois cartes sur la question centrale. Elles donnent le contexte factuel : les circonstances, les obstacles concrets, les ressources en jeu. C’est le terrain avant le paysage.
L’ordre compte. Partir du Lenormand permet d’ancrer la lecture dans le réel avant de basculer dans la profondeur du Tarot. Si je faisais l’inverse, le Tarot poserait une vision tellement large que le Lenormand n’aurait plus rien à préciser.
Ensuite, pour chaque carte Lenormand, je tire une carte de Tarot. Pas pour répondre à la même question. Pour creuser ce que la carte Lenormand a indiqué. Ce que ça dit intérieurement, émotionnellement, symboliquement.
Là où ça devient intéressant, et parfois inconfortable : il arrive que la carte Tarot contredise ce que le Lenormand a posé. Une carte Lenormand qui dit obstacle, et un Tarot qui dit élan. Dans ce cas je ne tranche pas. Je laisse les deux informations coexister et je regarde ce que ça dit ensemble plutôt que séparément. En général, c’est là que se trouve la nuance la plus utile pour la personne en face de moi.
La lecture finale n’est pas deux lectures mises bout à bout. C’est une seule lecture qui parle en même temps du terrain et de ce qui se joue intérieurement.
Un exemple commenté : Paul et son projet
Paul est venu me voir à un moment charnière. Il avait un produit prêt, une idée claire de ce qu’il voulait faire, mais il bloquait sur le passage à l’acte. Ce n’était pas un manque de confiance au sens large, c’était plutôt une incertitude sur par où commencer et dans quel ordre. Le Tarot seul aurait bien décrit ce qui se jouait en lui. Mais ce qu’il avait besoin d’entendre, c’était aussi comment s’y prendre sur le terrain. C’est pour ça que j’ai ajouté un tirage Lenormand en complément.
Premier temps : la capacité de réalisation
Lenormand : le Cœur, la Tour, la Clé.
Le Cœur dit d’emblée que Paul est motivé par une conviction sincère, pas par un calcul. C’est utile à savoir parce que ça conditionne la façon dont le projet va traverser les obstacles. La Tour dit que la structure et la planification sont essentielles ici, ce n’est pas un projet qui se lance à l’intuition. La Clé annonce que le succès est accessible, mais conditionnel à ce que les deux premières cartes indiquent.
Tarot en complément : un élémental de Coupes face au Cœur, le 8 de Deniers face à la Tour, le 2 de Bâtons face à la Clé.
L’élémental de Coupes confirme l’intelligence émotionnelle comme ressource. Le 8 de Deniers précise la Tour : c’est un travail artisanal, minutieux, qui demande de la constance. Et le 2 de Bâtons avec la Clé dit quelque chose d’intéressant : le succès viendra à condition que Paul pose clairement ses intentions et définisse une direction avant d’agir. Pas après.
Deuxième temps : le potentiel d’introduction sur le marché
Lenormand : le Fouet, la Faux, la Montagne.
Trois cartes qui ne font pas dans la douceur. Le Fouet parle d’une approche dynamique et d’une certaine résistance à traverser. La Faux dit que des décisions tranchées seront nécessaires, probablement des ajustements de stratégie en cours de route. La Montagne dit que les obstacles seront réels et significatifs. Mais la Montagne dit aussi qu’on peut l’escalader.
Tarot : l’As de Bâtons face au Fouet, le 10 de Deniers face à la Faux, le 4 de Deniers face à la Montagne.
L’As de Bâtons avec le Fouet : le potentiel est là, l’élan est là, mais il faut tenir dans la durée. Le 10 de Deniers avec la Faux est particulièrement parlant : la faux évoque les récoltes, et le 10 de Deniers montre l’abondance possible. Si Paul persévère et fait les bons choix aux bons moments, il peut récolter beaucoup. Le 4 de Deniers avec la Montagne montre une progression constante, une accumulation progressive, pas une réussite immédiate.
Troisième temps : la mise en place concrète
Lenormand : le Soleil, la Montagne à nouveau, le Chien, les Oiseaux.
La Montagne revient. Le Tarot confirmait déjà que les obstacles allaient être persistants. Mais le Soleil en ouverture dit que l’énergie générale est favorable et que l’enthousiasme de Paul est une vraie ressource. Le Chien suggère de s’appuyer sur des personnes de confiance pour tester le produit, pas une large audience d’emblée. Les Oiseaux parlent de communication active, de bouche à oreille, de présence dans les conversations.
Tarot : les Amoureux face au Soleil, le 8 de Coupes face à la Montagne, le 5 de Bâtons face au Chien, le 2 de Coupes face aux Oiseaux.
Les Amoureux avec le Soleil dit quelque chose de précis : Paul doit faire des choix depuis le cœur, pas depuis le calcul. C’est cohérent avec le Cœur du premier tirage. Le 8 de Coupes avec la Montagne est intéressant : il y aura des moments où il faudra laisser derrière certaines façons de faire, certaines attentes. La montagne se franchit aussi en allégeant ce qu’on porte. Le 5 de Bâtons avec le Chien dit que le tri est nécessaire : tous les partenaires potentiels ne se valent pas, il faut choisir ceux qui testent vraiment et donnent un retour utile. Et le 2 de Coupes avec les Oiseaux dit que la communication doit créer du lien, pas juste de la visibilité.
La Montagne est apparue deux fois dans le Lenormand de Paul. Et à chaque fois, le Tarot en complément a dit quelque chose de différent sur cette même résistance. La première fois : allège ce que tu portes. La deuxième : accumule progressivement, ne cherche pas la réussite immédiate. Ce n’était pas une répétition, c’était un approfondissement. C’est souvent là, dans ce qui revient, que se trouve ce que la personne avait le plus besoin d’entendre.
Si tu veux comprendre comment je construis mes tirages en général avant d’intégrer cette méthode, tu peux commencer par : Comment créer son tirage du Tarot et Bien utiliser un tirage.
Et si tu travailles déjà avec les associations de cartes du Tarot, cette méthode s’intègre naturellement dans ce que tu fais déjà : Lire les combinaisons de paires du Tarot.
Le Tarot montre ce qui est. Le Lenormand montre comment ça se déploie. Ensemble, ils donnent une image que ni l’un ni l’autre ne donnerait seul.



